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  • Cercle Ouvrier du Bassin Minier Ouest du Pas-de-Calais                                            n°70/27-12-2013

     Leur raisonnement n’est pas le nôtre !

    « Pourquoi faire compliquer quand il suffit d’être simple dans le raisonnement » telle pourrait être la devise de la gauche antisocial-antidémocrate, libérale et capitaliste au pouvoir.

     En effet, les énarques et autres polytechniciens ont compris que pour réduire le nombre de demandeurs d’emploi, il suffisait de réduire le nombre de demandeurs d’emplois en les basculant dans d’autres cases prévues à cet effet ou en les éliminant.

    Dans la nature, quand il y a surpopulation, il se produit comme c’est le cas des lemmings, une élimination par le suicide de centaines de milliers d’individus qui se jettent dans le vide pour préserver l’espèce.

    Ainsi, ce gouvernement n’a aucun tabou et s’affiche clairement être à la solde des puissants, il entend préserver l’espèce capitaliste en procédant à l’élimination de centaines de milliers de sans-emploi et d’individus dont la rentabilité financière n’est pas à la hauteur de la demande… Ainsi, comme l’écrivait Karl Marx et Friedrich Engels dans le Capital « Le capital abhorre l’absence de profit ou un profit minime, comme la nature a horreur du vide. Que le profit soit convenable, et le capital devient courageux : 10% d’assurés, et on peut l’employer partout ; 20%, il s’échauffe ; 50%, il est d’une témérité folle, à 100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines ; à 300%, et il n’est pas de crime qu’il n’ose commettre, même au risque de la potence. Quand le désordre et la discorde portent profit, il les encourage tous deux ; à preuve la contrebande et la traite négrière »

    Nous sommes entrés dans la dictature de la marge afin de revenir aux marges de 28%  des « 30 glorieuses » et aux pics des années d’avant crise (2005-2008) qui pouvaient atteindre jusqu’à 32% et qui ont provoqué une des plus graves crises mondiales depuis 1929.

    « Une plus grande flexibilité de l’emploi permettrait d’améliorer le cycle de productivité et d’enrayer les fluctuations de court terme du taux de marge, réputées dommageables pour l’investissement. Pour autant, les entreprises peuvent aussi avoir intérêt à conserver une main-d’œuvre dotée de savoir-faire, a fortiori si la compétitivité se joue sur le terrain de la qualité et des technologies. Il faudra tôt ou tard conditionner l’octroi aux entreprises du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) à des décisions d’investissement, dès lors que la relation causale allant du taux de marge à l’investissement n’est pas avérée »… Ce n’est ni un expert du Medef, ni un trader du 7ème étage de Goldmann-Sachs, ni même un disciple de Friedmann qui écrit cela, mais un maître de conférence de Paris I, accessoirement élu député européen et membre du Parti Socialiste qui s’exprime dans une tribune en août 2013.

    Aussi cette politique au service des marges exigées par le grand capital, découle de la ratification par François Hollande au nom de la France, du Traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance (TSCG) de l’Union européenne qui enferme le pays dans une contrainte budgétaire qui ne permet pas d’autre choix qu’une politique d’austérité ayant pour conséquences, la destruction sociale et la paupérisation des populations déjà très fragilisées. 

    Les 20 milliards accordés par la France au patronat afin que les entreprises retrouvent de la « compétitivité », c’est-à-dire des marges selon la demande, seront financés par le passage de la TVA à 20%, par une série d’augmentation mais aussi par une réduction des salaires et des acquis sociaux. 

    L’augmentation du smic de 1.1% au 1er janvier 2014, soit 10 centimes brut/horaire, ne permettra pas la relance de la consommation des 3 millions de salariés au Smic ni celle des 8 millions de salariés dont le salaire est lié au Smic par des barèmes paritaires.

    Cette aumône gouvernementale, conjuguée avec la Loi de Sécurisation des emplois issue de l’accord patronat/syndicat de janvier 2013, qui permet la baisse des salaires et la réduction des acquis sociaux pour les salariés des entreprises qui se déclareraient en difficulté financière, va mécaniquement faire baisser le coût du travail et augmenter la part du capital…  

    Ainsi nous sommes réellement dans l’antagonisme Capital/Travail et de ce passage du Capital : « La situation la plus favorable pour la classe ouvrière, l’accroissement le plus rapide du capital peut bien améliorer la vie matérielle du travailleur, mais elle ne supprime pas l’antagonisme entre ses intérêts et ceux des bourgeois et du capitaliste. Profit et salaire sont en raison inverse l’un de l’autre.

    Le salaire a beau augmenter quand le capital s’accroît rapidement : le profit du capital augmente incomparablement plus vite. La situation matérielle du travailleur s’est améliorée, mais aux dépens de sa situation sociale.

    L’abîme social qui le sépare du capitaliste s’est donc encore creusé.  Dire que l’accroissement accéléré du capital est la condition qui favorise le plus le travail salarié, revient à ceci : plus la classe des travailleurs accroît et renforce la puissance ennemie et la richesse étrangère qui la domine, plus s’adoucissent les conditions dans lesquelles il lui est permis de travailler à un nouvel accroissement de la richesse bourgeoise, au renforcement de la puissance du capital : ne peut-elle s’estimer heureuse de se forger elle-même les chaînes dorées par lesquelles la bourgeoisie la traîne à sa remorque ? … »

    Aussi n’oublions pas le rôle des banques qui depuis quelques années, grâce à la nouvelle spéculation liée au réseau internet mondial, mettent en place une véritable dictature sur les marchés qui augure la mise en place de dictatures militaires voire fascistes (rappelons-nous des écrits de JPMorgan) dans des pays où le taux de marge exigé ne serait pas atteint. 

    D’où cette récente déclaration d’octobre 2013, de la branche française de l’association OXFAM qui lutte contre la faim dans le monde et qui explique comment le capitalisme entend réduire le nombre d’individus, soient-ils ici des femmes, des hommes et des enfants, qu’il juge inutiles et non rentables pour ses marges : « Les banque françaises, au premier rang desquelles BNP Paribas, participent à l’insécurité alimentaire mondiale croissante en spéculant sur les marchés de matières premières agricoles. Ces banques proposent à leurs clients des outils financiers destinés à parier sur la faim. Face aux conséquences des flambées des prix alimentaires à répétition, ces groupes doivent mettent fin à leurs activités de spéculation sur les matières premières agricoles » 

    Mais qu’écrivait Karl Marx en décembre 1847 dans son ouvrage « Salaires-prix-profits », donc 166 ans avant la déclaration d’Oxfam et la mise en action des théories gouvernementales de la gauche antisocial-antidémocrate, libérale et capitaliste au pouvoir, en termes de réduction du chômage: « La grande industrie nécessite en permanence une armée de réserve de chômeurs pour les périodes de surproduction. Le but principal de la bourgeoisie par rapport à l'ouvrier est, bien sûr, d'obtenir le travail en tant que matière première au plus bas coût possible, ce qui n'est possible que lorsque la fourniture de ce produit est la plus grande possible en comparaison de la demande, c'est-à-dire quand la surpopulation est la plus grande.

    La théorie  qui est aussi exprimée comme une loi de la nature, selon laquelle la population croît plus vite que les moyens de subsistance, est très apprécié de la bourgeoisie, puisqu'elle lui permet de faire taire sa conscience, de faire de la dureté de cœur un devoir moral, de faire passer des conséquences sociales pour des conséquences naturelles, et lui donne enfin la possibilité d'assister à la destruction du prolétariat par la famine aussi calmement que s'il s'agissait d'autres événements naturels, sans s'émouvoir, et, d'autre part, de considérer que la misère du prolétariat est sa propre faute et de le punir. Pour sa sécurité, le prolétaire peut retenir son instinct naturel par la raison, et ainsi, grâce à un encadrement moral, stopper la loi de la nature dans ses développements préjudiciables »

    Le « capitalisme social » des années d’après-guerre était soumis au fait qu’un autre modèle économique et social s’était forgé et renforcé depuis la révolution russe de 1917. Après la chute du bloc soviétique, ce capitalisme « au visage social » a disparu pour permettre à l’ultra-libéralisme, dégagé de ses contraintes, de renforcer sa domination économique en général et de plus en plus exacerbée. 

    Certaines de nos élites, sorties des grandes écoles de la bourgeoisie, s’appuyant sur les progrès qu’aurait amené le système capitaliste,  nient la réalité en déclarant qu’il n’y a plus de classes aussi distinctes qu’au 19ème siècle et donc qu’il n’y a plus nature à la lutte des classes, c’est-à-dire une lutte entre des groupes distincts et conscients de partager une situation objective analogue et donc des intérêts communs.

    On ne peut nier que depuis vingt ou trente ans, sous l’effet conjugué des média qui lobotomisent les consciences et enferment chacun dans son salon, de l’urbanisme qui sépare et du consumérisme qui fait de la liberté de consommer une entrave, la cohérence de classe des exploités s’est estompée, quant à l’exploitation, elle s’est, elle, renforcée.

    La pression au travail pour optimiser les profits des actionnaires, les reconversions brutales et les salariés devenus jetables et variables d’ajustement, les conditions d’une jeunesse qui se sent sacrifiée et dont les perspectives sont significativement plus modestes que celles de leurs aînés, l’utilisation sans vergogne des services publics qui parfois deviennent des relais destinés à satisfaire les réseaux d’amitiés ou d’affinités calculées, ajoutés à des pouvoirs concentrés au service des seuls profits d’une classe dirigeante... font que la lutte des classes n’a pas disparu mais qu’elle s’est diluée dans une société du spectacle et de la compromission, une société du paraître bling-bling. 

    Mais si la lutte des classes visible dans la rue et dans la politique s’est quelque peu estompée, le régime capitaliste ultralibéralisé a accentué l’oppression et l’exploitation, donc mécaniquement des luttes fortes et générales vont à nouveau apparaître puisque la colère de classe des exploités est à jamais le moteur de l’histoire sociale et politique. Donc l’anesthésie provisoire qui dissipe les mouvements de colère ne pourra plus longtemps masquer l’éruption à venir, ce qui s’est passé récemment en Bretagne doit nous le rappeler.

    Et si parfois notre propre classe sociale, exploitée, parfois martyrisée, opprimée…  a suivi les  voies de la société de consommation donc de l’individualisme et du paraître, naissent des luttes concrètes, pour l’environnement, pour les droits du travail et des « sans » : sans-papiers, sans-logis, sans travail, sans avenir… des luttes dues à une exaspération grandissante et généralisée.

    Outre les conséquences désastreuses de la crise systémique du capital sur les travailleurs, le théâtre consternant de la débauche et de la jouissance des plus riches, et la corruption objective d’une partie des politiciens qui se vautrent dans le pouvoir comme dans un lupanar, la braise reprend vigueur et le feu est rallumé sous la marmite.

    Cette colère de classe empruntera naturellement des voies nouvelles et inédites, l’Histoire nous l’enseigne, et elle empruntera des voies efficaces et même joyeuses, car elle est là, elle frémit, elle progresse, n’en doutons pas…. 

    Que 2014 soit l’année des luttes fortes et générales, l’année de l’optimisme et de la solidarité dans des unions de lutte, l’année pour gagner l’unité politique de notre classe sociale, la seule en capacité de s’organiser dans un grand parti pour faire face et détruire la barbarie capitaliste, son idéal ultralibéral et impérialiste, et son bras armé fasciste… car si le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage, nous sommes une classe de Paix et de fraternité entre les peuples, ce qui ne veut pas dire une classe placide et pacifique avec ceux qui les oppriment, les méprisent et les exploitent…  


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